«L’homme qui a fait méditer Julien Wanders» – Tribune de Genève, octobre 2020

Erwan Tréguer, Breton de 39 ans, initie sportifs et coaches à la méditation. Dans bien des cas, dont celui de l’athlète genevois, le succès n’a pas tardé.

Un cycliste, une physiothérapeute, une coach d’escalade, une joueuse de tennis aux portes du circuit professionnel, un préparateur mental. La liste – non exhaustive – des participants à la session de la semaine passée montre à quel point le programme animé par Erwan Tréguer ratisse large. Depuis dix ans, plus de 4000 personnes ont fréquenté le centre Ressource Mindfulness, charmant demi-sous-sol dans un immeuble de la Jonction où vécut Lénine en 1904 et 1905. «Le premier truc avec la méditation, c’est que ça rend plus heureux, lance, dans un sourire qui donne très envie de le croire, le Breton de 39 ans. Les croyances selon lesquelles il faut absolument en baver pour être performant, le «no pain, no gain», nous, on balaie tout ça.»

Le «nous», en l’occurrence, peut concerner n’importe quelle personne qui souhaite avancer, mieux se connaître, de Monsieur Tout-le-monde à un athlète d’exception comme Julien Wanders. Le Genevois de 24 ans, qui courra ce samedi le championnat du monde de semi-marathon à Gdynia (Pologne), s’est mis à la méditation avec Erwan Tréguer, voici un peu plus de trois ans. Il la pratique quasi quotidiennement, les séances durent entre dix et quarante minutes. Et à lire son témoignage, il n’est pas interdit de penser que cette démarche a influé sur sa courbe de performances.

«J’étais en quête de sens»

«Avec Julien, on a beaucoup travaillé sur l’avant et le pendant, sur sa capacité à être hyperconcentré mais parfaitement relâché, résume celui qui est aussi sophrologue. Je suis extrêmement chanceux de travailler avec lui, qui a une dimension profondément humaine. C’est un bosseur, qui a su construire ses succès. Tout le monde peut se reconnaître en lui, il montre que l’alliance entre travail et développement personnel paie.»

Erwan Tréguer sait de quoi il parle. Cycliste de très bon niveau dans sa jeunesse, il a alors connu des zones de turbulences. «Avec mes quarante heures de cours à l’école d’ingénieurs en plus du vélo, j’ai flirté avec le burn-out, explique-t-il. J’avais perdu mon identité de sportif, j’étais en quête de sens.» Il se remet à la sophrologie, découvre la méditation. Après sept années au sein d’une multinationale qui ne l’aidera pas à retrouver le sens, il s’y consacre pleinement. Au fil des ans, il partage, au sein d’une équipe de six instructeurs, la méthode élaborée en 1979 par Jon Kabat-Zinn: MBSR, alias Mindfulness Based Stress Reduction, en français réduction du stress par la méditation de pleine conscience.

«On travaille sur les cinq sens»

La pleine conscience, en cinq mots, ça donne «être présent, ici et maintenant». Le concept, qui permet de lutter contre «notre tendance naturelle à être dans le futur ou le passé, à laisser notre esprit vagabonder», aide par définition à ne pas passer à côté de l’instant présent, donc de l’événement. Il contribue, via des exercices basés sur la respiration, la concentration et l’observation des émotions, à réduire toute forme de stress ou d’anxiété. «Je vois la peur, je l’autorise à être là plutôt que de la rejeter, explique Erwan Tréguer. On apprend à prendre du recul, à maîtriser ce qu’on peut maîtriser et lâcher le reste.»

Au tireur de penalty mégastressé, on conseillera volontiers, plutôt que de baliser sur de vaines projections, de s’accrocher au basique, au concret. «On travaille sur le sensoriel. Si le tireur s’ancre dans l’instant présent en étant focalisé sur la sensation de l’air, l’odeur du gazon ou le bruit des supporters, il se dira moins facilement: «Merde, tout le monde me regarde, il ne faut surtout pas que je rate», explique le mentor, soulignant l’importance de l’intelligence émotionnelle d’un champion.

Si la méditation peine encore à percer dans les sports collectifs, elle est de plus en plus prisée dans les disciplines individuelles. La judokate américaine Kayla Harrison, médaillée d’or aux JO de Londres, avait ensuite expliqué un travail quotidien de visualisation durant les deux années précédentes. Quant à la tenniswoman canadienne Bianca Andreescu, victorieuse de l’US Open 2019, elle avait loué les bienfaits de la méditation dans la foulée de son sacre. À propos de sacre et de foulées, Julien Wanders a un nouveau rendez-vous avec lui-même, samedi en Pologne.

Source: Tribune de Genève, Simon Meier, octobre 2020

 

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«La première idée, c’était de m’aider à mieux appréhender le stress, parce que j’avais souvent des problèmes à gérer la pression avant une course. C’était un peu récurrent, dès les juniors, dans les compétitions internationales. Soit j’avais une maladie qui tombait quelques jours avant la course, soit une blessure; ou alors je passais complètement à côté alors que j’étais favori, comme cela m’était arrivé deux fois aux championnats d’Europe de cross. Je ne parvenais pas à concrétiser le jour où ça compte ce que je réalisais à l’entraînement.

»Après quelques séances avec Erwan, en un sens, j’étais déjà débloqué. Mais c’est un long processus, dans lequel je me suis pleinement impliqué – et lui pour moi. Les exercices sont très concentrés sur la respiration, on apprend à écouter son corps, on oublie tout ce qui se passe à l’extérieur pour se focaliser sur ce qu’il y a à l’intérieur, sur le moment présent. On entre en soi et c’est quelque chose qui, dans le sport comme dans la vie, m’a aidé à être plus calme, plus serein.

»Il y a aussi des exercices psychiques, directement en rapport avec ce qui se passe avant et pendant la compétition. On fait entrer des idées qui vont réapparaître au moment voulu. Sur un semi-marathon, à partir du 15e kilomètre, les jambes brûlent, la respiration se fait dure, tout commence un peu à partir en vrille. Il faut essayer de trouver le relâchement dans tout ça. La méditation t’aide à contrôler le truc, à accepter que la souffrance soit là et passer au-delà. Elle permet d’être davantage en contrôle de ton corps, tout en allant plus loin dans la douleur.

»Il ne suffit pas d’imaginer courir le 100 mètres en 9’’60 pour que cela arrive. Mais si on ouvre son esprit à l’idée que quelque chose est possible, en se visualisant sur un podium par exemple, cela peut rendre les choses un peu plus faciles le moment venu. Souvent, je me vois courir avant une épreuve, surtout quand je connais le parcours. Comme la course, la méditation est une discipline qui n’a pas de limite. On peut toujours explorer, apprendre à se connaître.»

Julien Wanders, surnommé le Kényan Blanc

Coureur genevois, recordman d'Europe du semi-marathon et du 10km sur route